Comment analyser le fiasco du tennis français à Rio ?

« J’ai compensé ce qui me manquait dans le jeu avec l’intensité et la passion. » Raphaël Nadal a tout dit. Il n’avait pas besoin des Jeux, il en avait envie.

Cette envie, cette capacité à se transcender et à dépasser ses fonctions, a cruellement fait défaut à tous les étages du tennis français. Problème d’état d’esprit, d’encadrement, d’éducation, de respect et de compétences ? Nous avons des ressources mais comment évalue-t-on nos compétences ?

Quand on recherche l’excellence, on ne se perd pas en chemin. Avant d’afficher une ambition chiffrée, il faut être sûr des moyens mis en œuvre. Nous sommes convaincus que ce ne fût pas le cas. L’affaire Benoit Paire en est le meilleur exemple. Aucun règlement ne nous obligeait à le sélectionner. Et surtout pas, comme on a voulu nous le faire croire, une obligation de se plier au classement mondial.

L’excellence demande de la cohérence. Comment expliquer que l’on vire Benoît Paire (une fois qu’il s’était exclu de lui-même en perdant sur le terrain, non sans avoir combattu) pour des raisons apparemment légitimes et qu’on maintienne en Equipe de France une Kristina Mladenovic qui balance sa fédé aux yeux du monde en la traitant d’incompétente ? La cohérence aurait voulu que Kiki soit dans le même avion du retour que Benoît, en lui glissant au passage qu’un des joueurs du double colombien a dû emprunter le maillot de son coach au dernier moment pour les mêmes raisons mais que cela ne l’a pas empêché de battre nos deux français, Mahut et Herbert, têtes de série N°1… Sans parler de Del Potro coincé pendant 40’ dans un ascenseur avant son match du 1er tour…

L’ambition ne se décrète pas. Elle se décline. Concrètement. Or, qu’avons-nous fait pour nous donner les meilleures chances de réussite ? A-t-on fait en sorte que les joueurs soient dans les meilleures conditions pour jouer et gagner ? Les a-t-on suffisamment sensibilisés aux enjeux d’une compétition olympique au-delà d’un briefing informel ? A-t-on incité les deux capitaines, Amélie et Yannick, à venir se joindre au staff quand on connaît leur influence auprès des joueuses et des joueurs ? Les résultats et certains éléments factuels nous autorisent aujourd’hui à penser le contraire. Sans faire porter une responsabilité individuelle à qui que ce soit, reconnaissons objectivement que notre Direction Technique Nationale a failli et avec elle, ceux qui pensent que demain sera toujours meilleur, que nous avons les plus brillants experts et que tout ne va pas si mal que ça.

Et bien osons dire que ça ne va pas ! Osons remettre en cause des années de certitudes bien fragiles à l’épreuve des faits qui nous ont conduits à ce fiasco historique. Au nom des 50’000 bénévoles du tennis français qui le font vivre, on ne peut plus accepter d’alimenter les colonnes des magazines people ou des faits divers plutôt que d’enrichir notre palmarès.

La France était le seul pays à afficher 4 Têtes de Série 1 ou 2 dans les tableaux olympiques. Le talent des joueurs et des joueuses français n’est pas en cause. Quinze médailles ont été distribuées et pas une seule au cou d’un français ! Onze pays nous sont passés devant dont les toutes puissantes fédérations portoricaine ou roumaine… La DTN française est la plus richement dotée au monde. Que fait-elle de cette richesse ? A titre de comparaison, c’est comme si le PSG se retrouvait en position relégable…

FranceTennis a inscrit dans son programme qu’il fallait passer d’une formation de sportifs de haut niveau à un système capable d’accompagner des parcours d’exception pour sortir des champions. Des champions qui ont envie, qui respectent le maillot bleu et qui incarnent au plus haut niveau une certaine idée de la France qui gagne en pensant à ces milliers de bénévoles qui n’attendent rien en retour, si ce n’est que leurs champions aillent au bout de leur engagement sur le terrain, comme ils le font chaque jour dans leur club. Pour être fiers de leurs champions et ressentir ce que les anglais, les espagnols, les argentins et les portoricains ont vécu à Rio.

Nous y reviendrons plus en détails dans notre prochain article afin de se servir de cet échec pour préparer les changements qui s’imposent.