Rio nous impose un indispensable sursaut

En publiant notre précédent article sur le bilan olympique du tennis français, FranceTennis a fait un choix. Celui de ne pas rester muré dans le silence et les non-dits. Celui d’assumer ce qui doit l’être pour une partie d’entre nous. Mais avant tout celui de la prise de conscience et d’une véritable volonté de changement. Le déni serait pire que tout.

Il est de notre devoir de dirigeant de ne rien occulter. Nous avons été élus pour cela. Nous représentons les clubs où naissent les champions. Il n’est pas question que les dirigeants du tennis français soient exclus de l’organisation du haut-niveau et de la formation de notre élite. Il est donc normal, de surcroît dans une période de débat électoral, que nous posions très clairement un constat et nos idées.

A l’image de la boxe, de l’équitation ou de l’escrime après leur échec à Londres, il faut être capable de se regarder dans un miroir, de reconnaître ses erreurs, de se remettre totalement en cause et de repartir d’une page blanche. Avec courage et lucidité. Le Secrétaire d’Etat aux Sports a été très clair à l’issue des JO : « Chaque Fédération doit dresser son bilan en expliquant ce qui a marché, ce qui n’a pas marché et surtout pourquoi. »

Encore une fois, il ne sert à rien de cibler telle ou telle personne. C’est la faillite d’un système et d’un état d’esprit qui s’autoalimente en vase clos.

Comme l’écrivent certains observateurs ou amoureux du tennis français, comment se fait-il que la FFT avec les moyens dont elle dispose, son Grand Chelem, ses 3,5 millions de pratiquants, son million de licenciés et son réseau de clubs n’arrive pas à sortir un véritable champion depuis 85 ans ?! Un champion capable de gagner plusieurs Grand Chelem et d’imposer au plus haut niveau une certaine idée de la France qui gagne. Bien sûr, il y a eu Amélie, Mary, Marion et Yannick, de grands champions victorieux en Grand Chelem. Mais que nous manque-t-il pour installer durablement un champion français au sommet de la hiérarchie mondiale ? 

Qu’est-ce qui fait la différence entre un membre alternatif du Top 10 et un champion du Big Four ? « La tronche !» nous répondent en chœur Amélie et Yannick. Ils ont raison. En tous cas, ils détiennent une partie de ce vécu qui construit les champions d’exception.

L’exception, parlons-en. Qu’a-t-on fait depuis des années pour gérer des parcours d’exception ? N’a-t-on pas plutôt privilégié une approche standardisée dans nos pôles où chacun doit se soumettre à des conditions-cadres collectives qui nivellent les différences et les forces individuelles de nos plus grands espoirs ?… Notre capacité à gérer des parcours d’exception depuis le club est une des clés de notre réussite sportive.

Epanouir nos champions

Tout comme notre aptitude à travailler l’état d’esprit et le mental de nos meilleurs jeunes. Le beau geste est une chose mais il ne remplacera jamais la force du mental, la capacité de travail, le goût de l’effort, la dureté face au mal et la haine de la défaite. Une simple analyse de la liste des vainqueurs de Grand Chelem dont la technique peu académique aurait eu du mal à s’épanouir dans notre dispositif de formation met en évidence leurs points communs: une combativité exceptionnelle et un personnalisation extrême des moyens consentis pour parvenir et se maintenir au sommet.

En effet, en France, on installe nos meilleurs jeunes dans une forme de religion technique où la gestuelle prime sur l’envie et la détermination individuelle. On nous vend de l’excellence sans en mesurer le contenu. Nous l’avons déjà dit, l’excellence ne se décrète pas. Elle se vérifie chaque jour, dans les moindres détails. C’est ainsi que procèdent les Britanniques : « tu rentres dans le cadre des critères d’excellence, à tous les points de vue, où tu sors ! » On a vu le résultat à Rio.

Pour se protéger et rester dans une forme de pensée unique, notre fédération a vécu en vase clos, hermétique aux compétences extérieures. Or, nous avons la chance en France d’avoir beaucoup de compétences variées reconnues sur un plan mondial. Pourquoi nous en passer ?

Nous entendons déjà ceux qui diront que nous avons l’une des plus grosses densités de joueurs dans le Top 100 depuis longtemps, des joueurs avec de très grandes qualités ? Mais au final, combien de médailles, combien de titres en Grand Chelem ? 

Nous refusons la fatalité de l’échec. Il nous faut changer de logique, passer très tôt de la spéculation du « potentiel » au développement des capacités révélées par le terrain et le culte de la rivalité sportive qui fait l’essence même du tennis.

Personne n’a de baguette magique pour former un champion. Mais c’est en pariant sur l’intelligence collective des compétences françaises autour des valeurs du travail, du combat et de l’engagement professionnel dans l’excellence que nous aboutirons. Cela se fera avec tous ceux qui apporteront leur valeur ajoutée à cet indispensable changement, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de la FFT, qu’ils soient d’anciens joueurs ou en activité. Nous ne fermerons la porte à personne. C’est ainsi que s’est constituée l’équipe FranceTennis.

Oui, notre échec à Rio doit être une formidable occasion de revoir notre modèle. L’échéance électorale de février 2017 nous en donne l’opportunité. Ce dont le tennis français a le plus besoin en ce moment, c’est d’une gouvernance claire, d’un patron et d’une autorité morale qui développe, sur la base de valeurs saines, une certaine idée de la France qui gagne et une véritable fierté.

Le temps du changement est venu.