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Relancer le moteur élus-salariés

Avocat, ancien président du Tennis Club de Sceaux de 1992 à 2005, vice-président de la Ligue des Hauts-de-Seine depuis 1998, membre de la Commission des travaux de la FFT depuis 2009 et Président de ladite Commission depuis 2013, Daniel Chausse est un observateur avisé. Il s’est engagé avec France-Tennis. Il nous livre son point de vue sur un point crucial en évitant toute mise en cause pour aller à l’essentiel.

 

Libre opinion : relancer le moteur élus/salariés

Pour tous les amoureux du tennis, pour tous ceux qui sont fiers des véritables valeurs que porte ce magnifique sport, et pour tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par son organisation fédérale, Rio est une blessure.

Plutôt que fêter la place de notre sport dans le mouvement olympique, les médailles de nos joueurs et la fierté de leur comportement sur les courts, le Comité de Direction de notre Fédération a été contraint de réagir à deux reprises à l’égard de trois de nos représentants.

Nous le comprenons. Mais il faut maintenant en tirer les leçons. Il en effet indispensable que maintenant nous affirmions tout aussi solennellement la nécessité d’adapter notre organisation fédérale aux exigences fondamentales de notre temps.

Il n’est qu’à réfléchir au dossier du nouveau stade Roland Garros pour comprendre la force et l’importance de ces exigences, qu’elles viennent des besoins toujours plus grands de notre organisation dans ce monde de concurrence ou qu’elles viennent des instances ou autorités de toute nature, y compris médiatiques, appelées à connaître de notre dossier, à prendre des décisions indispensables à son exécution, ou même simplement à rendre compte à la population.

Or, pouvons-nous une seule seconde penser que l’image que nous avons donnée du tennis français à Rio soit sans incidence sur ce dossier comme sur tant d’autres ?

A la forte réactivité de notre environnement, à la complexité des décisions à prendre, à l’absolue nécessité de toujours agir dans le respect scrupuleux de nos valeurs, doit répondre une organisation légitime et efficace.

La légitimité est celle des élus.

Mais pour assurer l’intelligence, la cohérence et la permanence de nos actions, l’élection n’est pas une garantie suffisante.

Nous devons aussi être des élus compétents, expérimentés qui travaillent et occupent courageusement le terrain qui nous est confié, qui sachent diriger nos salariés, qui sachent orienter leur travail, qui sachent décider des mesures et des moyens utiles à prendre et qui sachent les contrôler grâce à l’information que nous devons recevoir de manière permanente.

Où qu’il se trouve dans la hiérarchie fédérale, l’élu qui a reçu une délégation, une mission, a reçu avant tout une exigence : celle de réussir, ce qui suppose notamment qu’il anticipe sur les actions à mener.

Or, avons-nous suffisamment dit à nos joueuses et à nos joueurs, à tout l’encadrement, que notre présence à Rio était d’abord un moment essentiel pour le sport français, pour le tennis français, pour tous les projets de nos clubs, de nos ligues et de notre Fédération toute entière ?

On découvre après coup tant de choses. Mais avons-nous suffisamment réfléchi à l’avance à un plan d’action susceptible de servir cette exigence ?

On enseigne dans toutes les bonnes facultés que « gouverner c’est prévoir ». Qu’avons-nous exactement prévu pour justifier aujourd’hui d’une bonne gouvernance autour de Rio ?

Car ne nous y trompons pas, seuls, les élus ne peuvent rien. Ils ont besoin de salariés qui méritent, par leurs compétences techniques mais aussi par leur totale et sincère loyauté aux missions données, la délégation de confiance qu’ils reçoivent des élus.

 

L’efficacité est celle des salariés.

Cette délégation suppose que les salariés sachent informer, rendre compte, aider à la décision et contrôler sa mise en œuvre.

Mais en aucune manière, le rôle des salariés est de se substituer aux élus, quel que soit le domaine concerné, technique et sportif compris.

Le moteur, l’énergie de notre système fédéral, de notre efficacité associative, est pour une part importante fonction de la bonne marche du tandem élus/salariés à tous les niveaux de notre organisation.

Ce moteur ne fonctionne pas bien aujourd’hui, trop d’incompétence, trop de méfiance et trop d’orgueil aussi l’ont grippé.

Relançons-le et la blessure de Rio pourra alors se refermer.

Daniel Chausse