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Il faut redonner confiance aux familles

Lyonnaise de souche, pur produit fédéral depuis la ligue du Lyonnais jusqu’au CNE, Sandrine Testud a atteint le 9ème rang mondial et a remporté la  Fed Cup en 2003 aux Pays-Bas avec Yannick Noah sur la chaise en ramenant ses deux points.

Sandrine, que devenez-vous ?

Je suis maman de deux petites filles et je vis entre Paris et Rome. Après 15 ans sur le circuit, j’ai arrêté ma carrière il y a 11 ans, alors que le tennis féminin français comptait plusieurs joueuses dans le Top 20. Puis en octobre 2012, j’ai décidé de commencer par me former et j’ai suivie la formation au DE à la FFT. Le diplôme en poche, la Fédération m’a proposé d’accompagner les équipes de France Féminines -18 ans au Championnat d’Europe et les -16 ans au Championnat du Monde. Très enthousiasmée par ces expériences tennistiques et humaines, elles m’ont permis, d’une part, de confirmer mon envie de donner, de partager mon expérience du circuit et de transmettre à des joueuses en devenir. D’autre part, de mesurer l’inadéquation de ces jeunes joueuses aux exigences du haut-niveau, avec lequel je suis restée toujours en contact proche, en le voyant évoluer depuis 2010, lorsque je commente les matchs WTA.

Pourquoi vous engager aujourd’hui avec France-tennis ?

J’ai souvent pensé à comment rendre ce que l’on m’avait donné, sans trouver véritablement un quelconque écho favorable. Les idées ont commencé à se mettre en place sur ce projet qui me tient à cœur : « Comment contribuer à la relance du tennis féminin ? ». J’ai été conquise par le discours de Bernard Giudicelli sur le rôle des familles car j’ai senti derrière qu’il avait un vécu, une expérience mais surtout une volonté partagée avec toute son équipe d’un projet sportif différenciant  enfin le tennis féminin du tennis masculin.

Pourquoi vous engager personnellement ?

Parce qu’aujourd’hui, la FFT est à un tournant de son histoire et doit préparer les 10 ans à venir. S’il ne veut pas sombrer durablement, le tennis féminin a besoin d’être structuré différemment. Cela passe par un nouvel environnement féminin plus déterminé, plus charismatique et plus impliqué autour du nouveau Président. Les familles ont besoin de retrouver confiance dans le monde fédéral, de constater une véritable ambition politique sur le développement du tennis féminin et partagée par la nouvelle équipe en place. Cela passe par un renouvellement de l’encadrement de la filière féminine avec notamment d’anciennes professionnelles qui pourront transmettre leur approche dynamique et assurer le maillage national avec les entraîneurs des différents pôles. 

Quel est votre vision de ce renouveau ?

Il faut selon moi, accompagner de manières différentes les jeunes filles de moins de 16 ans. Cette génération charnière est aujourd’hui en perdition. Les familles de ces jeunes filles font peu confiance au monde fédéral et ne sont pas enclines à laisser partir leur enfant vers l’inconnu. Le système actuel est pour elles synonyme d’échec depuis plusieurs années. La Fédération doit proposer un programme plus rassurant en termes d’encadrement, d’accompagnement et de liens. Elle se doit d’être un appui essentiel pour les familles. L’environnement et les personnes de confiance sont des atouts majeurs à l’épanouissement des futures championnes.

Vous parlez de système en échec, mais que proposez-vous concrètement ?

D’abord communiquer différemment. Bien dans son temps, la Fédération peut utiliser l’évolution des moyens de communication. Ils permettent d’être en lien permanent avec toutes et tous, les joueuses, leurs familles, les entraîneurs et de mesurer le travail effectué. Cette évolution numérique de la société, les jeunes filles de moins de 16 ans, en sont comme toute leur génération, fortement impactées.  

Mais encore ?

Portée par l’ambition de permettre de relancer durablement le tennis féminin, je souhaite voir impulser un nouveau souffle du tennis féminin français en le relançant durablement. Le plus important est de rétablir la confiance entre les acteurs et de penser une organisation différente autour des jeunes filles. Elles doivent éclore et s’épanouir chez elles pour progressivement se confronter avec l’élite mondiale afin d’acquérir la culture de la gagne.

Cela ressemble quand même aux parcours associés actuels non ?

Les parcours associés actuels ne fonctionnent pas. Parce qu’il n’y a pas d’implication forte. Il faut des parcours personnalisés avec trois éléments clefs.

1-un suivi permanent avec l’entraîneur, le préparateur physique et la famille, en créant une véritable cellule rassurante et performante autour de la joueuse.

2-Individualiser, par une programmation spécifique et personnalisée, aussi bien dans les tournois individuels que par équipe.

3-Rassemblements réguliers au CNE avec les entraîneurs référents. 

 

On reproche à Bernard Giudicelli d’être là depuis 30 ans et vous vous engagez derrière lui. N’est ce pas un peu contradictoire ?

J’ai beaucoup de respect pour les bénévoles. Je sais ce que je dois à tous les dirigeants de la ligue (ndlr : du Lyonnais) qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Etre bénévole aussi longtemps c’est admirable. Je sais que Bernard a déjà changé beaucoup de choses dans la Fédération et qu’il est connu pour ça en dehors même de la Fédération. Mais que je sache il n’était pas aux manettes dans le domaine sportif. Il m’a dit toute sa frustration des soirs de défaite. J’ai senti une formidable énergie. Et pour le tennis féminin, ce n’est pas un changement qu’il faut : c’est une révolution.

Si vous deviez résumer votre engagement ?

Un tennis féminin fort avec des femmes fortes, déterminées et rassurantes à sa tête.