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Le regard de Franck Peyre : le temps de la réflexion

Voilà que depuis des semaines, Alexis Gramblat et Jean-Pierre Dartevelle, assènent, affirment,  postulats et promesses. C’est de bonne guerre en campagne électorale. Et on passe allègrement du « Moi je » au  » y a qu’à » sans oublier le vol du « Faut qu’on ». On utilise même les termes de « décryptage » ou de décodage comme s’il fallait lire entre les lignes.   Mais les dirigeantes et dirigeants du tennis français sont avant tout des bénévoles auxquels on ne la fait pas.  Et Franck Peyre fait partie de ceux-là. Ex –30 et 700ème ATP, il n’avance pas son niveau de jeu comme un atout incontestable. Enseignant DE, ex-entraîneur fédéral, il ne se prévaut pas de sa connaissance du jeu comme un avantage exclusif voire décisif. Aujourd’hui SG de la Ligue de Paris, il se positionne comme un bénévole éclairé, réfléchi et lucide. Son propos plonge dans un vécu qu’il a avec les deux prétendants au poste de Président.  Il nous livre son regard sur les forces en présence. Sans fanfaronnade. Sans prosélytisme. Sans polémique. Partant du principe qu’il érige en règle d’or : il faut prendre le temps de la réflexion.

La diffusion des projets ou programmes des potentiels candidats à l’élection de février 2017 à la FFT était attendue afin de procéder à un comparatif. Trois objectifs ont sous-tendu cet exercice d’analyse : la recherche des points communs, des différences et des idées novatrices.

Commençons par la candidature individuelle d’Alexis Gramblat. Personnellement, je le connais depuis ses plus jeunes années. C’est quelqu’un qui possède des qualités, un sens du business et de la communication, des moyens, et une très bonne volée ! Mais Alexis s’est trompé. Il a confondu les élections d’une Fédération avec une réponse à un appel d’offres. La différence est fondamentale.

La lecture de son programme peut se résumer en quatre points.

Le premier est que l’on y trouve une idée qui n’est pas développée dans les autres : la limitation des mandats et de l’âge pour certaines fonctions. C’est un sujet qui mérite d’être approfondi même s’il est déjà abordé dans la nouvelle gouvernance de la FFT.

Le deuxième est l’abandon progressif du slogan d’Alexis « FFT irréprochable » qui induit que les bénévoles en place ne le sont pas… pour un slogan plus opportun : « Objectif clubs ». C’est une évolution pour tenter de corriger un message qui a blessé au plus profond les bénévoles des clubs, des comités départementaux et des ligues. « Objectif clubs » est un slogan plus vendeur. Mais les clubs ne sont pas à vendre.

Troisième point : l’élection à la FFT se fait au travers d’un scrutin de liste. La démarche préalable de celle ou celui qui ambitionne de devenir Président(e) est de déterminer sur quels représentants bénévoles elle ou il peut s’appuyer et surtout de s’assurer si un nombre suffisant la ou le plébiscite dans cette démarche. La candidature d’Alexis Gramblat est avant tout une démarche personnelle. Tout seul on peut aller vite mais ensemble on va plus loin. Or, une Fédération comme la nôtre doit impérativement avoir une vision à long terme.

La quatrième caractéristique qui ressort de ce programme est une remise en cause du modèle associatif au profit d’un modèle plus « clientéliste ». La tentation « clientéliste » est, par exemple, l’argent que pourrait donner la FFT aux clubs selon les promesses irréalistes d’A. Gramblat. On créé artificiellement l’illusion que les clubs pourraient bénéficier de sommes conséquentes. Mais la réalité est toute autre. Si la totalité des ligues et des comités départementaux étaient supprimés et que les dotations concernées étaient divisées entre les clubs, cela représenterait 3500€ par club. Cette somme d’une part, même si elle n’est pas négligeable, ne changerait pas fondamentalement la vie des clubs et d’autre part cela ne permettrait pas de remplacer tout ce que font les ligues et les comités départementaux pour les clubs et le tennis, sans parler du licenciement de 400 personnes au minimum. Par ailleurs, la pérennité du modèle associatif est un sujet qui peut faire débat. Mais, si débat il doit y avoir, c’est de la responsabilité de notre Ministère de tutelle et ce n’est surtout pas l’enjeu d’une élection fédérale. C’est ici que la différence entre l’élection d’une Fédération et la réponse à un appel d’offres est fondamentale. De plus, même si le milieu associatif doit s’améliorer, c’est un modèle efficace notamment pour le lien social qu’il crée. Et ce lien social, dans l’environnement anxiogène actuel, est indispensable pour la cohésion de la nation.

Vient ensuite le programme « Passion Tennis ».

Nous avons là un modèle associatif comme celui de « France Tennis » que nous verrons plus loin. Ces modèles associatifs s’interdisent obligatoirement par nature tout rapprochement avec « FFT irréprochable ». Sauf à se renier. Après avoir longtemps communiqué seul, Jean-Pierre Dartevelle a présenté une équipe essentiellement composée de Présidents de Ligue ou de départements, sans s’ouvrir comme « FranceTennis » à toutes les composantes du tennis français. C’est une différence très importante.

Cette équipe est formée de femmes et d’hommes dont certains pourraient partager les idées de « France Tennis ». Tout d’abord, ce qui ressort de la lecture de ce programme est un manque d’ambition et de vision pour notre Fédération face aux enjeux auxquels elle est confrontée : soutenir les clubs, obtenir des résultats de haut niveau de premier plan, rivaliser avec des adversaires de niveau international sur tous les sujets, répondre aux risques économiques cruciaux, être à la hauteur de notre responsabilité sociale et environnementale, etc… Et surtout INNOVER ! Face à ces défis, il faut tout d’abord être capable de faire des constats sans concession. Puis ensuite développer une vision ambitieuse nationale et internationale. « Passion Tennis » ne propose pas cela. « Passion Tennis » propose des

ajustements de la politique actuelle. Mais de simples ajustements ne répondront pas aux problématiques des enjeux. L’avenir de notre Fédération nécessite impérativement des réponses claires, innovantes et d’envergure dans le respect du modèle associatif.

Ensuite, lié à cela, se pose la question de la répartition des rôles dans le tandem dirigeants/salariés. On comprend à la lecture de ce programme que « Passion Tennis » souhaite que les salariés-experts fassent seuls tout le travail et que les dirigeants valident tranquillement leurs propositions. C’est probablement confortable pour les élus. Mais le modèle associatif n’est pas fait pour être confortable. Il est fait pour être performant et c’est de la responsabilité des dirigeants. Les dirigeants doivent diriger, travailler en synergie avec les salariés en optimisant leur compétence.. La direction à suivre, la péréquation des moyens à allouer, l’évaluation des résultats obtenus et enfin les réussites comme les échecs doivent être pleinement assumés par les dirigeants.

 

Par ailleurs, il ne faut pas laisser croire que tout va bien pour le tournoi de Roland Garros. Même si la Fédération réalise un chiffre d’affaires important grâce aux Internationaux de France, celui-ci est très en retrait des trois autres Grand Chelem voire de certains masters 1000. En retrait sur la qualité des installations et des équipements, en retrait sur le chiffre d’affaires et le prize money attribué aux joueurs, en retrait sur la capacité et la qualité d’accueil des spectateurs, etc… Notre tournoi est dégradé, n’ayons pas peur des mots. L’effort commun demandé aux clubs et aux licenciés devra se traduire rapidement pour notre tournoi. A terme, ces investissements permettront de développer de nouvelles marges notamment pour les clubs.

Le plus étonnant dans le projet sportif « Passion Tennis », c’est qu’alors que JP Dartevelle a été en charge de ce secteur depuis 8 ans, il propose désormais des changements qu’il n’a jamais fait pendant ses deux mandats.

Terminons maintenant par le projet « France Tennis ».

La première chose à noter est que ce n’est pas un programme-catalogue mais un projet sportif. Nous savons que l’énumération sans fin des promesses d’un programme, si belles soient-elles, sont souvent vite oubliées une fois au pouvoir. Sortons de ce principe qui voudrait endormir les foules et hypnotiser les électeurs. Restons sur un principe de réalité. Nous voulons changer. Passer du programme au projet, de l’intention à l’action

Autre différence fondamentale, France Tennis c’est une équipe depuis le début. Trois générations de femmes et d’hommes qui se sont choisies un projet et un leader. C’est une force collective. Le mot Fédération vient de fédérer : « se grouper pour une même cause ».

Nous avons voulu répondre à la question suivante : pourquoi France Tennis, car certains de ses membres sont dirigeants de la FFT depuis longtemps, est la bonne équipe pour définir et mettre en œuvre les réformes indispensables pour l’avenir de notre Fédération ?

Pour modifier des structures et des fonctionnements ancrés depuis longtemps, il est nécessaire de bien les connaître. Cela permet d’éviter des erreurs et de gagner du temps. France Tennis a dans ses rangs ces profils qui ont tiré les leçons du passé, ont fait leur autocritique challengés par les jeunes de l’équipe et ont écouté les remarques. Cette force de l’expérience est complétée par des souffles nouveaux venus d’horizons différents. Ces nouvelles ressources connaissent le jeu, les clubs, l’enseignement, le loisir, la compétition, l’arbitrage, le marketing etc… : l’écosystème du tennis français est couvert.

Ensuite, « France Tennis » croit au le modèle associatif. Un modèle associatif où chacun, dirigeants et salariés, ont toute leur place. Un modèle associatif capable de répondre aux défis économiques et sociétaux nationaux et internationaux en s’appuyant sur des expertises, sur les forces du passé, sur les nouvelles technologies et sur un incubateur d’innovation au service du tennis. Un modèle associatif formant, écoutant et valorisant un de ses atouts les plus forts : les enseignants. Mais aussi le corps arbitral et juge-arbitral. Enfin un modèle associatif où les clubs et les pratiquants sont le centre du système. C’est une vision pour notre Fédération que nous avons nommé « FFT intégrale ». C’est celle dont chaque action doit bénéficier à l’un ou l’autre avec pour finalité de fidéliser et gagner des licenciés, des titres et progresser tous ensemble.

C’est une vision, une ambition. Rien se sera mis en œuvre si cela ne répond pas aux besoins du terrain et de notre écosystème.

Les enjeux sont tellement variés et importants comme évoqué plus haut qu’il faut être audacieux, transparent, généreux et solidaire.

Cette ambition vous la retrouverez en détail dans notre projet sur. Elle est développée au travers d’actions très concrètes comme l’organisation des 1eres Assises du tennis qui permettront d’écouter tous les intervenants et d’ajuster notre projet. Comme la création d’une fonction d’audit interne. Comme la réorganisation de la DTN dissociant le haut niveau du développement sportif des clubs. Comme la création d’une campagne nationale de communication début septembre pour la promotion de nos clubs et leurs écoles de tennis. Comme la création d’une chaine de télévision spécifique tennis, etc…

Enfin, nous souhaitons nous appuyer pleinement sur la nouvelle structure des organes dirigeants de la FFT déjà votée et qui rentrera en fonction après les élections fédérales. Le Bureau Fédéral actuel sera remplacé par un Comité Exécutif et le Comité Directeur par un Conseil Supérieur du Tennis. Le Comité Exécutif dirigé par le Président de la Fédération. Il exerce ses attributions sous la surveillance et l’évaluation du Conseil Supérieur du Tennis. C’est une modernisation importante du modèle associatif qui permettra à notre Fédération d’être plus efficiente.

Pour conclure, l’élection fédérale de février 2017, peut-être plus que tout autre dans le passé, intervient à un moment crucial pour l’avenir de notre Fédération. Les délégués à cette assemblée générale qui seront élus préalablement par les représentants des clubs lors des assemblées générales des comités départementaux et des ligues auront une responsabilité capitale. Ils doivent tout d’abord déterminer qui répond au modèle associatif. Puis choisir une équipe et non une individualité. Ils doivent ensuite déterminer quelle équipe porte la meilleure ambition pour notre sport. Quelle équipe a le plus de capacités pour répondre aussi bien à la nécessité de développement d’un club de 50 licenciés qu’à la nécessité de repositionner au premier plan Roland Garros dans l’environnement mondial du tennis. Que chacun prenne le temps de sa décision.

Pour faire gagner la France !

 

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